Travailler de concert avec les défenseurs des droits de leurs enfants

La tendance des parents à prendre la défense de leur enfant est tout à fait naturelle. Comme enseignantes et enseignants ou membres de la direction et du personnel de l’école, nous avons la responsabilité de garder cette réalité à l’esprit et, même si nous en avons parfois envie, de résister à la tentation d’étiqueter comme « fauteurs de troubles » ou « pénibles » les parents qui se portent justement à la défense de leur enfant. Le rôle de ceux-ci à ce titre vise à assurer le bien-être et les droits des enfants et vient contrebalancer de manière utile et essentielle l’autorité et le pouvoir professionnels de l’école. Ainsi, il est important d’accepter et même de soutenir et de faciliter les démarches des parents qui veulent jouer leur rôle de défense des droits. (Voir Établir des liens – Fournir les outils.)

En réponse aux parents qui se portent avec énergie et passion à la défense de leur enfant, nous pouvons faire de la projection en nous imaginant leurs sentiments et en nous imaginant les nôtres si nous étions à leur place. Ce genre de situation peut nous donner la parfaite occasion de nous rappeler et d’appliquer l’information, les outils et les stratégies présentés dans le présent module pour nous aider à faire preuve d’ouverture, de présence, de sensibilité et d’empathie. (Voir Comprendre les parents; Partage du pouvoir; Forger une alliance; Résolution de problèmes; Écoute active.)

Les mots pour le dire

Je vous remercie d’avoir pris le temps de venir à l’école et de me rencontrer pour exprimer vos inquiétudes. Si je comprends bien, vous pensez que votre enfant a peur d’un autre élève de sa classe. J’aimerais vous faire part de mes observations par rapport à ce qui se passe en classe. J’aimerais que nous examinions la question d’un peu plus près pour que nous puissions trouver la solution la plus propice à garantir que l’ensemble des élèves profitent du meilleur cadre d’apprentissage possible.

Quand nous sentons toute la charge émotionnelle des parents qui viennent nous voir, nous pouvons réagir avec empathie, en les écoutant attentivement et en les rassurant et en validant leurs sentiments. (Voir Écoute active.)

Les mots pour le dire

J’entends que vous êtes en colère et que cette situation vous perturbe. Je comprends que c’est douloureux d’entendre que son enfant fait du mal à un autre élève. Ce n’est pas ce qu’un parent voudrait entendre. J’ai la certitude que si nous travaillons ensemble avec votre enfant, nous réussirons à l’aider à apprendre de son expérience.

Dans certains cas, les parents peuvent avoir élevé leur enfant en l’invitant à s’exprimer et à formuler ses besoins librement. Toutefois, comme tous les êtres humains, citoyennes et citoyens, ils n’ont pas tous les droits, pas plus que leur enfant. Tous nos droits, y compris celui touchant la sécurité, la force et la liberté, se justifient seulement dans les limites du respect du droit des autres de vivre aussi dans la sécurité, la force et la liberté. De plus, en considérant les droits de l’élève, les enseignantes et les enseignants ont la responsabilité de les soupeser en fonction des droits et du bien-être de l’ensemble des élèves.

Il peut arriver qu’il soit nécessaire de rappeler ce principe de base aux parents et même d’insister sur ce point auprès d’eux. Il est possible d’aborder la question d’une manière qui tienne compte du souci et de la sollicitude des parents envers leur enfant.

Les mots pour le dire

Je vois que vous êtes en colère et tout à l’envers de constater que votre enfant se fait maltraiter par un autre élève. C’est tout à fait normal. L’intimidation n’est jamais acceptable. Nous ferons tout pour travailler avec vous et votre enfant afin de garantir sa sécurité en tout temps. Parallèlement, nous nous attacherons à trouver aussi des stratégies pour aider l’autre élève à modifier son comportement et à conserver son droit à l’éducation.

Naturellement, les parents n’ont pas toutes et tous les compétences, l’information, la personnalité ni la perspective nécessaires pour défendre les droits de leur enfant de manière respectueuse et constructive. Si nous constatons un manque d’objectivité et de perspective de leur part, nous pouvons quand même nous fier à leur sollicitude et centrer notre intervention là-dessus.

Les mots pour le dire"

Je vois que vous vous faites beaucoup de souci pour votre enfant. J’espère que vous savez que j’ai autant d’inquiétude et autant de détermination à garantir la sécurité et l’inclusion de votre enfant à l’école. Mais je ne peux pas y arriver seul.e. J’ai besoin de votre aide et de la participation de votre enfant aussi.

Les parents sont les personnes qui se préoccupent naturellement le plus du bien-être de leur enfant. Comme enseignantes et enseignants, nous savons que nous avons une responsabilité professionnelle d’assurer le bien-être de l’ensemble de nos élèves. Il est généralement très faisable de concilier ces deux objectifs, mais des conflits émergent parfois. Si, concernant une élève en particulier, nous nous trouvons devant une décision qui va à l’encontre du bien-être de l’ensemble des élèves, alors nous devrons opter pour l’ensemble. En général, nous pouvons favoriser une interaction plus respectueuse et constructive si nous expliquons notre décision, en faisant montre d’empathie et en insistant sur notre souci pour l’élève en question.

La situation éprouvante survient pour un grand nombre d’entre nous quand une personne porte des accusations à notre encontre. Certains parents peuvent prétendre que nous n’aimons pas leur enfant ou que nous prenons la défense d’un autre élève. Ils peuvent aussi dire que nous n’accomplissons pas notre travail correctement. Il est particulièrement pénible et perturbant, surtout pour celles et ceux d’entre nous qui ont à cœur de promouvoir une éducation équitable et inclusive, d’entendre s’exprimer à notre encontre des accusations de racisme, d’homophobie ou de toute autre forme de discrimination.

Même dans une telle situation, lorsque nous sommes attaqués ou accusés injustement, il est important de garder l’esprit ouvert. Il est surtout essentiel d’éviter toute réaction hostile ou d’être sur la défensive. Il peut s’avérer utile dans ces moments de prendre une grande respiration et de mettre de côté nos réactions personnelles et notre mécanisme naturel d’autoprotection. En tant qu’allié.e.s, nous nous efforçons d’intégrer les principes de l’équité et de l’inclusion dans notre profession, il importe donc (bien que cela soit sans aucun doute difficile dans certaines circonstances) de considérer la validité de l’accusation et de nous remettre nous-mêmes en question.

Les mots pour le dire

J’entends ce que vous me dites et je tiens à vous signaler que je prends vos commentaires très au sérieux. J’ai sincèrement à cœur de traiter tous les élèves de ma classe de manière équitable. C’est pourquoi il est très important pour moi de bien comprendre votre point de vue. J’aimerais que vous me donniez un peu plus en détail sur ce qui a mené à votre conclusion.

Parallèlement, il sera peut-être nécessaire de prendre les dispositions utiles pour assurer notre propre bien-être et un traitement équitable à notre égard. Nous voudrons peut-être envisager d’impliquer une tierce partie objective, comme la directrice ou le directeur, notre représentante ou représentant syndical ou un autre membre du personnel de l’école.

Comme établissements humains et sociaux, les écoles sont imparfaites, c’est certain. Il va de soi que le racisme, le sexisme, l’homophobie et bien d’autres formes de marginalisation sociales sont une réalité. Les écoles peuvent donc supposer que des barrières nuisent au maintien d’un cadre scolaire équitable et inclusif pour les élèves de tous horizons. Si des parents soumettent une demande de modification à une politique, procédure ou pratique scolaires ayant des répercussions sur leur enfant, il importe d’examiner de près et ouvertement la demande et de prendre le temps d’y réfléchir. Les parents qui font valoir des changements à une politique nous appuient dans notre travail en nous aidant à nous rendre compte de nos idées préconçues et de nos préjugés.

Application

Une fille transgenre veut utiliser les toilettes des filles. L’école a proposé d’installer une toilette sans distinction de sexe. Mais elle et ses parents souhaitent davantage qu’un simple arrangement. Leur demande a pour objet la modification de la politique sur les toilettes. Leurs arguments : les élèves devraient pouvoir utiliser les toilettes de leur choix et ce sont les élèves qui se sentent mal à l’aise dans un tel contexte qui devraient utiliser la toilette sans distinction de sexe. L’école a examiné soigneusement la demande et consulté le comité de parents. Bien qu’elle n’ait pas eu l’appui nécessaire pour acquiescer à la demande, elle a émis une déclaration officielle par laquelle elle reconnaissait la valeur d’une telle politique parce que cela mènerait à une acceptation positive de l’identité de genre des élèves.