Désescalade : le choix des mots
La présente section renferme quelques suggestions de formulations et d’approches que vous utilisez peut-être déjà ou que vous pourriez intégrer à votre pratique afin de prévenir la violence et de désescalader les incidents d’agression.
Avant toute chose, en tant qu’employées et employés d’un conseil scolaire, il est impératif que nous connaissions et respections toutes et tous les politiques, protocoles et procédures de l’école et du conseil scolaire concernant le comportement des élèves et les interactions entre les élèves et le personnel enseignant.
En outre, il est important de noter que les antécédents de l’élève et la qualité de la relation que nous avons avec l’élève influenceront assurément le langage que nous utiliserons et l’approche que nous adopterons pour prévenir et désescalader les situations de violence. Si nous ne connaissons pas les antécédents de l’élève, il est alors judicieux de baser notre approche sur le code de conduite et les protocoles établis par le personnel administratif de l’école. Si nous connaissons les antécédents de l’élève (par exemple, l’élève bénéficie d’un suivi en éducation spécialisée ou vient d’un environnement où elle ou il a été la cible de violence), il est alors important d’avoir un plan de sécurité détaillant les mesures à suivre.
Nonobstant ce qui précède, nous avons tenté, dans la mesure du possible, de proposer des approches applicables à toutes et tous les élèves (que vous travailliez en étroite collaboration avec les élèves ou non) et pouvant être utilisées pour soutenir toutes les personnes concernées – celles qui subissent des préjudices, celles qui en sont témoins et celles qui en sont à l’origine.
Les élèves ont besoin de limites claires. Cela dit, le personnel enseignant peut se demander si les comportements agressifs d’une ou d’un élève ne sont pas une forme de communication, une réaction à une injustice dont elle ou il a été victime, ou s’ils ne s’inscrivent pas dans le cadre de ses besoins en matière d’apprentissage ou de santé mentale. S’il est vrai que les stratégies d’intervention sont essentielles, le suivi visant à réparer ou à rétablir des relations positives avec les personnes concernées, ainsi que d’éventuelles mesures de sensibilisation, d’analyse ou de discussion avec l’ensemble de la classe le sont tout autant.
Valider les émotions
« On dirait que tu ressens de <la frustration, la colère, la déception> »
« Tes sentiments sont importants et ce que tu as vécu aussi. »
Créer un climat de sécurité émotionnelle
« Je suis là pour t’écouter sans te blâmer ni te faire honte. Est-ce que tu aimerais parler de ce qui s’est passé? »
« Il faut beaucoup de courage pour parler de ce que tu as vécu. Je suis désolée ou désolé que tu aies dû traverser cela. »
« Je sais que cela peut être <stressant… difficile de…> <changer d’école, de venir d’une autre province ou d’un autre territoire… d’immigrer ou de fuir d’un autre pays>. »
Réduire la culpabilité envers soi-même et envers les autres
« Ce n’est pas ta faute si les adultes ont décidé de se séparer. Cette décision ne signifie pas que tes parents ne t’aiment pas. »
« Ce n’est pas ta faute si tu as dû vivre la guerre et être témoin de cruauté. J’espère que tu pourras te sentir en sécurité ici sans blâmer les autres ni leur faire du mal. Je suis là pour te soutenir. »
« Les décisions qui reviennent aux adultes sont prises par des adultes, parfois pour assurer la sécurité des gens. »
Encourager la prise de responsabilité et la réflexion sans culpabilité
« Tu n’es pas responsable des décisions de tes parents ni des choix de qui que ce soit d’autre. »
« Tu ES responsable de tes propres actes. Même lorsque tu es en colère ou ressens de la frustration, tu n’as pas le droit de faire du mal aux autres. »
« Tu n’es pas responsable de ce qui s’est passé dans ton pays. Ici, tu as le droit d’être en sécurité et ton opinion compte. On ne répond pas à la violence par la violence; il existe d’autres façons de réagir à la violence. Il est important d’utiliser des mots ou d’exprimer tes émotions sans frapper qui que ce soit ou crier après les autres. »
« Nous pouvons discuter de stratégies pour assurer ta sécurité et celle des autres. »
Enseigner des stratégies d’adaptation sûres
« Plusieurs choix s’offrent à toi quand tu te sens dépassée ou dépassé, en colère ou bouleversée ou bouleversé. Tu peux exprimer tes émotions (par exemple, ta colère) en toute sécurité en parlant à une personne en qui tu as confiance, en écrivant tes pensées, en tenant un journal, en allant te promener, en faisant de l’exercice jusqu’à ce que tu te sentes plus calme, en écoutant de la musique ou en expliquant ce que tu as ressenti au moment où la situation s’est produite. »
« Tu as le droit d’assurer la sécurité de ton corps. Personne ne devrait te toucher sans te demander la permission. C’est ce qu’on appelle le consentement. Tu as également la responsabilité de demander aux autres si elles ou ils veulent être touchés. Si tu ne le demandes pas, tu seras responsable du fait que les autres ne se sentent pas en sécurité, et il y a des conséquences si tu ne respectes pas les droits des autres. »
Proposer des choix tout en créant et renforçant des limites
De manière claire et en utilisant un langage neutre, proposez à l’élève un choix de comportement assorti de conséquences précises.
« Tu peux retourner à ta place pour que nous puissions terminer notre travail et aller en récréation; si tu choisis de ne pas retourner à ta place, tu devras quitter la classe. »
Veillez à laisser aux élèves le temps d’assimiler l’information, de réfléchir à leurs choix et de répondre.
« Prends une minute pour réfléchir à ce que tu aimerais faire, puis dis-le-moi. »
Donnez de l’espace à l’élève en réduisant les interactions entre elle ou lui et le reste de la classe.
« Où aimerais-tu passer un moment solitaire dans la classe? Tu peux dessiner, écrire, travailler sur autre chose ou simplement t’asseoir. »
S’il semble probable que la technique de désescalade verbale échoue, assurez-vous que le reste de la classe dispose d’une voie de sortie dégagée.
Collaborer plutôt que contrôler (désescalade)
« Mettons-nous d’accord pour travailler ensemble sur ton comportement et faisons régulièrement le point pour voir de quel soutien tu as besoin ».
« Pouvons-nous faire une pause et réfléchir ensemble à la manière de résoudre cela? »
N’oubliez pas que pour toutes et tous les élèves qui adoptent un comportement inapproprié en raison de troubles de santé mentale, de difficultés d’apprentissage, d’émotions difficiles ou d’un manque de compétences, il y en a beaucoup d’autres qui souffrent en silence. Certains élèves peuvent être dépressifs ou angoissés sans pour autant causer de « problèmes » ou de perturbations, et s’efforcent de passer inaperçus.