Études de cas
Bien que les études de cas suivantes illustrent des situations réelles (les noms ont été changés), elles ne constituent pas un portrait exhaustif. Elles visent à susciter une réflexion tant individuelle que collective.
Lorsque vous lirez ces études de cas, n’oubliez pas que vous n’êtes pas censés jouer le rôle de travailleuses ou travailleurs sociaux ou de psychologues qualifiés. Vous devez toujours vous adresser au personnel administratif pour obtenir l’aide de professionnelles ou professionnels qualifiés qui viendront en aide aux élèves qui adoptent des comportements violents en raison de facteurs psychologiques ou sociaux.
Nous pouvons conserver un état d’esprit empreint de curiosité et d’empathie tout en apportant notre soutien à toutes les personnes impliquées dans des incidents violents : celles qui causent du tort, celles qui en sont témoins et celles qui en sont directement la cible. Dans certains cas, vous pouvez également être amenés à intervenir dans des situations de violence impliquant des élèves que vous ne connaissez pas bien. Vous pouvez conserver le même état d’esprit. Il est également indispensable de garantir la sécurité au travail pour l’ensemble du personnel.
Étude de cas n° 1 : Roshton
Roshton, âgé de 12 ans, est en 6e année. Il passe une grande partie de son temps à jouer aux jeux vidéo jusque tard dans la nuit à l’insu de ses parents. Il est donc extrêmement fatigué à l’école.
Pendant la journée, Roshton s’endort en classe et devient irritable, voire agressif envers les élèves et le personnel si quelqu’un le dérange. L’école a communiqué avec ses parents pour parler de ce problème.
Que pourriez-vous faire dans cette situation pour soutenir Roshton et ses parents?
Stratégies et lignes directrices suggérées
- Discuter avec Roshton pour l’aider à comprendre les répercussions de son utilisation des appareils électroniques et du manque de sommeil sur son bien-être et son comportement. Trouver ensemble des solutions pour qu’il assume ses responsabilités sans se sentir coupable.
- Collaborer avec Roshton pour lui confier des rôles de leadership en classe, en lui attribuant des responsabilités concrètes qui le rendent responsable vis-à-vis de ses pairs.
- Aider les parents de Roshton à pratiquer des activités physiques avec lui à la maison, échanger des idées avec eux et les tenir au courant des activités physiques proposées à l’école auxquelles ils pourraient souhaiter s’associer.
Étude de cas n° 2 : Mikael
Mikael est un élève de 9 ans en 4e année qui a été adopté très jeune avec ses deux sœurs. Il a été victime d’agression sexuelle et contraint de consulter des sites pornographiques. À l’école, Mikael a commencé à toucher certains pairs et adultes de manière inappropriée.
Malgré un accompagnement psychologique, un suivi en travail social et l’intervention des services de protection de l’enfance, Mikael devient physiquement agressif lorsque des adultes interviennent pour l’empêcher de se toucher ou de toucher les autres. Il est généralement décrit comme un enfant gentil et agréable; cependant, son comportement devient perturbateur dans ces situations. Il réagit violemment lorsqu’il perçoit que les adultes le regardent d’un air sévère ou lorsqu’il est puni.
Mikael ne comprend pas ce qu’il a fait de mal ni pourquoi il est puni.
Que pourriez-vous faire pour gérer efficacement cette situation, tout en assurant votre sécurité et celle des autres?
Stratégies et lignes directrices suggérées
- En tant qu’enseignante ou enseignant, s’assurer de maîtriser ses émotions et d’aborder Mikael avec compassion et calme, même s’il a déjà fait preuve d’agressivité physique et sexuelle.
- Collaborer avec Mikael pour déterminer les mesures qu’il peut prendre lorsqu’il est agité, tout en établissant des limites et en le responsabilisant sans lui faire honte.
- Mettre l’accent sur la sécurité, le consentement et les droits tout en respectant les autres.
Étude de cas n° 3 : Milo et Riko
Les jumeaux Milo et Riko ont 10 ans et sont en 5e année. On sait peu de choses sur leur situation familiale, si ce n’est que leur mère est séparée de leur père.
Les jumeaux sont dans la même classe et se battent souvent physiquement. Lorsque des adultes tentent de les séparer, les deux frères les frappent et leur lancent des objets. Milo et Riko sont suivis par une personne professionnelle du travail social afin de les aider à réguler leurs émotions. Celle-ci a suggéré de séparer les jumeaux pour réduire les tensions; cependant, cette séparation n’a pas résolu les problèmes.
Depuis qu’ils ont été séparés, les jumeaux ont commencé à frapper régulièrement leurs camarades de classe. Lorsqu’un des jumeaux apprend que son frère a été puni par des adultes ou frappé par des pairs, il quitte sa classe et agresse physiquement la personne qui a fait du mal à son frère.
Le personnel de la classe immobilise les jumeaux en leur tenant les bras et en les plaquant contre un mur jusqu’à ce qu’ils se calment. L’un des jumeaux a confié à la personne professionnelle du travail social qu’il ne se sentait pas en sécurité avec les adultes de la classe lorsqu’il était plaqué contre le mur. Il a signalé une douleur au menton et a déclaré que le fait d’être immobilisé par les bras lui donnait l’impression d’être un criminel.
Que pourriez-vous faire pour gérer efficacement cette situation, tout en assurant votre sécurité et celle des autres?
Stratégies et lignes directrices suggérées
- Répéter et souligner le fait que le recours à la violence pour résoudre un conflit n’est pas la solution.
- Discuter ensemble de la manière de promouvoir des attitudes et des comportements qui respectent les droits des autres, valorisent la paix et privilégient la résolution des problèmes plutôt que le recours à la force.
- En tant qu’enseignante ou enseignant, nous pouvons faire la distinction entre les enfants et leur comportement en soulignant qu’ils ne sont pas « mauvais »; leur comportement agressif a été acquis. Nous pouvons aussi reconnaître que la colère est une émotion naturelle. Rassurez les enfants en leur disant qu’elles et ils peuvent désapprendre à faire des crises de colère s’ils suivent des conseils et les mettent en pratique.
Étude de cas n° 4 : Mushi
Mushi, une fillette de 8 ans, a été victime de maltraitance physique et psychologique de la part de sa mère lorsqu’elle avait 3 ans. Ses parents sont séparés et son père élève seul ses enfants. Elle fait des cauchemars, elle est colérique et effrayée. Mushi a développé un comportement agressif à la maison et à l’école, même envers la personne qui lui enseigne.
Mushi est la cible d’intimidation à l’école, et son père s’efforce de régler ce problème avec l’établissement. Elle a peu de camarades, se sent mal aimée, et sa seule façon de s’exprimer est de voler les affaires de ses pairs, de casser et de jeter des objets, et de frapper ses pairs si elles et ils signalent son comportement.
Que pourriez-vous faire pour aider Mushi à gérer sa peur, sa colère et l’intimidation dont elle est la cible à l’école, tout en l’aidant à comprendre que la violence n’est pas une bonne solution?
Stratégies et lignes directrices suggérées
- Reconnaître le fait que Mushi est la cible d’intimidation à l’école, ce qui la prive de voix et de tout sentiment de pouvoir. Il est essentiel de créer un sentiment de sécurité émotionnelle lorsqu’elle s’adresse à des adultes.
- Renforcer le droit de Mushi à se sentir en sécurité et intégrée, et lui enseigner des stratégies adaptées à son âge pour exprimer ses sentiments en utilisant des phrases commençant par « je ».
- Travailler avec Mushi pour qu’elle gère sa colère de manière saine.
- L’aider à comprendre ses limites et celles des autres, et à respecter le droit du personnel enseignant et de ses pairs à se sentir en sécurité elles et eux aussi.
- À titre de mesure de prévention et d’intervention, les activités en classe et le programme scolaire pourraient mettre l’accent sur l’intimidation et l’exclusion.
Étude de cas n° 5 : Eden
Eden est une enfant de 11 ans originaire d’un pays en guerre. Elle a appris dès son plus jeune âge qu’elle devait se défendre en frappant les autres, ce qui lui a fait croire que l’agressivité était acceptable, tout en apprenant à ne pas parler de ses propres peurs et sentiments, ce qui l’a également rendue passive. La mère a reçu de nombreux appels de l’école au sujet de l’agressivité de sa fille. Cependant, Eden est généralement une enfant très gentille, ce qui laisse sa mère perplexe. La mère d’Eden a rencontré le personnel enseignant et elle a eu honte d’apprendre que son enfant s’était montrée agressive. Le personnel enseignant a également expliqué que, par conséquent, personne ne voulait jouer avec Eden.
Que pourriez-vous faire pour établir une relation de confiance avec Eden et collaborer avec sa mère?
Stratégies et lignes directrices suggérées
- En savoir plus sur les difficultés importantes auxquelles Eden continue de faire face dans son intégration au Canada, notamment l’adaptation à des lois et des normes sociales différentes, tout en comprenant qu’elle est encore en train d’assimiler des souvenirs à la fois positifs et douloureux liés à son pays d’origine.
- Créer un sentiment de solidarité en établissant des liens avec le personnel et les programmes potentiels des TÉÉ (travailleuses et travailleurs d’établissement dans les écoles).
- Dans le cadre des activités en classe, veiller à aborder un large éventail d’histoires d’immigration et donner l’occasion à Eden de parler de la sienne (sans la prendre à partie).
- Travailler en collaboration avec la mère d’Eden et Eden elle-même pour aborder et modifier son comportement agressif, tout en aidant Eden à développer sa capacité à exprimer ses sentiments d’une manière qui lui donne un sentiment de sécurité. Donner à Eden l’espoir qu’un changement positif est possible, même si cela prend du temps.